Usage de substance et dépendance

Que sont l’usage de substance et la dépendance?

Bien des gens font usage de substances telles que drogues ou alcool pour se détendre, s’amuser, expérimenter ou pour composer avec les facteurs de stress. Cependant, pour certaines personnes, l’usage de substances ou le fait d’adopter certains comportements peut devenir problématique et peut entraîner une dépendance.

La dépendance est un processus complexe dans lequel des modes d’usage de substance ou des comportements problématiques peuvent interférer avec la vie d’une personne. Au sens large, la dépendance peut se définir comme un état menant à la recherche compulsive d’un stimulus, malgré les conséquences néfastes.1Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (2010). Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011811-2010.pdf
Ce qui peut mener à une dépendance physique ou psychologique. Les dépendances peuvent être reliées à une substance (comme l’usage problématique d’alcool ou de cocaïne) ou à un processus qu’on appelle aussi dépendance comportementale (comme le jeu ou la cyberdépendance).2Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (2010). Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011811-2010.pdf Ces deux types de dépendance peuvent altérer la capacité d’une personne à mener une vie saine, mais un grand nombre de mesures de soutien et de traitement sont offertes.

Une manière simple de comprendre et de décrire la dépendance est de se référer aux 4 expressions suivantes :

À quel point l’usage de substance et la dépendance sont-ils courants?

L’usage de substance est assez répandu à l’échelle internationale et les statistiques varient selon la substance consommée. On estime que près de 5 % de la population mondiale utilise une substance illégale, 240 millions de personnes dans le monde consomment de l’alcool de manière problématique et environ 15 millions de personnes s’injectent des drogues4Rapport mondial sur les drogues. (2015). Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. Tiré de : https://www.unodc.org/documents/wdr2015/World_Drug_Report_2015.pdf

Au Canada, on estime que, selon les critères établis, environ 6 millions de personnes, soit approximativement 21 % de la population, auront une dépendance au cours de leur vie. Selon les études, l’alcool était la substance entraînant le plus couramment une dépendance, 18 %5Health Officers Council of British Columbia. (2005). A Public Health Approach to Drug Control in Canada. Tiré de : http://www.statcan.gc.ca/pub/82-624-x/2013001/article/11855-eng.htm de la population répondant aux critères de dépendance. Le cannabis, aussi appelé marijuana, affiche l’un des plus hauts taux d’usage au monde, soit plus de 40 % des Canadiens ayant utilisé cette substance au cours de leur vie, et environ 10 % l’ayant utilisé durant la dernière année.

Alors que certaines personnes peuvent consommer des substances dans subir de méfaits importants, d’autres peuvent subir des problèmes persistants liés à l’usage de substances. En Ontario, on estime qu’environ 10 % de la population utilise des substances de manière problématique. Récemment, l’Ontario a connu une tendance croissante des méfaits liés à la consommation d’opioïde. Les opioïdes sont une catégorie de psychotropes souvent utilisés pour gérer la douleur. On peut y inclure : fentanyl, morphine, heroïne et oxycodone. Bien que les opioïdes soient efficaces pour soulager la douleur, et que bien des gens peuvent les utiliser durant une courte période sans problèmes, cette catégorie de drogue a entraîné ces dernières années des méfaits dans toute la province, y compris des décès dus à une surdose. En 2016, 865 décès ont été attribués à cette substance, ce qui correspond à un décès toutes les 10 heures lié à une surdose d’opioïde en Ontario.

Les gens utilisent des substances pour différentes raisons, et à des degrés variés. Pour certaines personnes, l’usage qu’elles font des substances peut n’entraîner aucun méfait. Pour d’autres, cet usage peut avoir des conséquences néfastes sur leur vie. On peut voir l’usage de substance et la dépendance sous forme de spectre, comme le montre le modèle ci-dessous.

Les symptômes d’usage de substance problématique et de dépendance peuvent être épisodiques et une personne peut connaître des périodes d’usage accru tout comme des périodes de contrôle. Par exemple, une consommation de substance occasionnelle ou non problématique peut se développer en un usage problématique si la personne, exposée à des facteurs de stress, consomme des substances pour tenir le coup. Voir le spectre d’usage de substance ci-dessous :6Health Officers Council of British Columbia. (2005). A Public Health Approach to Drug Control in Canada. Tiré de :http://www.cfdp.ca/bchoc.pdf

Une idée fausse courante concernant la dépendance est qu’une personne qui essaie une substance toxicomanogène y deviendra automatiquement « accrochée ». Si de nombreuses substances peuvent créer une dépendance, cette dernière n’est pas causée uniquement par la substance consommée. Par exemple, bien des personnes qui prennent des opioïdes pour soulager la douleur postopératoire ne deviennent pas dépendantes de ces substances. La dépendance et l’usage de substance sont souvent reliés à l’expérience de vie, à la santé mentale et aux modes comportementaux de la personne.

Facteurs qui influent sur l’usage de substance et la dépendance

L’expérience de l’usage de substance est différente pour chaque personne, et on constate que souvent une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux peut expliquer pourquoi une personne pourra lutter avec un usage de substance problématique ou une dépendance. Mentionnons, par exemple, les facteurs de risque suivants : le sexe d’une personne, le fonctionnement de son cerveau, ses expériences ou traumatismes antérieurs, ses influences culturelles ou des problèmes sociaux tels que pauvreté et autres entraves à l’accès aux déterminants sociaux de la santé.

Un facteur important à considérer est la manière dont la santé mentale et la dépendance sont liées et influent l’une sur l’autre. Un problème de santé mentale associé à une dépendance ou un abus de substance sont considérés comme des troubles concomitants. S’il est difficile de trouver des statistiques exactes sur les personnes aux prises avec des troubles concomitants, les recherchent révèlent que plus de 50 % de celles qui demandent de l’aide pour un problème lié à l’usage de substance ont aussi des problèmes de santé mentale.7Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. (2013). Models of Addiction. Tiré de: http://www.emcdda.europa.eu/attachements.cfm/att_213861_EN_TDXD13014ENN.pdf Bien des gens aux prises avec des problèmes de dépendance ou d’usage de substance subissent en outre stigmatisation et discrimination. La stigmatisation peut se définir comme un stéréotype négatif, et la discrimination, le comportement qui en découle.

La stigmatisation et la discrimination peuvent influencer une personne de nombreuses manières, comme par une perte d’estime de soi, une crainte à l’idée de demander un traitement ou des sentiments d’isolement. Les personnes aux prises avec des troubles concomitants peuvent souvent subir des tranches multiples se recoupant de discrimination puisqu’elles sont aux prises avec des problèmes tant d’usage de substance que de santé mentale.8Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (2010). Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011811-2010.pdf Il reste beaucoup à apprendre sur les complexités de l’usage de substance et de la dépendance. Toutefois, les recherches indiquent que personne ne choisit de devenir dépendant d’une substance, et qu’elle n’est pas due à une faute ou une faiblesse morale de la personne.9Hari, Johann. (2015). Chasing the Scream. The First and Last Days of the War on Drugs. New York: Bloomsbury.

Certains aspects de la vie d’une personne peuvent contribuer à la rendre moins susceptible d’avoir des problèmes liés à l’usage de substance. Ce sont les facteurs de protection; en voici quelques-uns : avoir côtoyé durant l’enfance des adultes servant de modèles positifs, être motivé et avoir des objectifs personnels, s’engager dans des activités enrichissantes et être en lien avec un groupe de soutien communautaire positif et fiable. Comme l’exprime un chercheur dans le domaine de la dépendance « L’opposé de la dépendance est la relation »10Maté, G. (2008). Dans le royaume des fantômes affamés: Rencontres rapprochées avec la dépendance. Berkeley, CA: L’Institut Ergos.

Réduction des méfaits

La réduction des méfaits est une méthode fondée sur des données probantes et centrée sur la personne, qui cherche à réduire les méfaits sociaux ainsi que pour la santé liés à la dépendance et à l’usage de substances, sans nécessairement exiger que la personne s’abstienne ou cesse de consommer.11Thomas, G. (2005) Harm Reduction Policies and Programs Involved for Persons Involved in the Criminal Justice System. Ottawa : Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. L’approche de réduction des méfaits pour la dépendance et l’usage de substances comporte une série de programmes, de services et de pratiques. Un aspect essentiel de l’approche de réduction des méfaits est qu’elle donne aux personnes qui utilisent des substances le choix de la méthode pour réduire les méfaits à l’aide de stratégies non moralisatrices et non coercitives de manière à améliorer les aptitudes et les connaissances permettant de vivre une vie plus sécuritaire et plus saine.

La réduction des méfaits reconnaît que bon nombre des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance et d’usage de substances puissent ne pas être en mesure de s’abstenir de consommer la substance de leur choix. L’approche de réduction des méfaits offre aux gens la possibilité de recevoir des services médicaux et sociaux sans jugement et de manière à « les prendre où ils sont »12Erickson et coll. (2002) Center for Addiction and Mental Health and Harm Reduction. A Background Paper on its Meaning and Application for Substance use Issues. Tiré de : http://www.camh.ca/en/hospital/about_camh/influencing_public_policy/public_policy_submissions/harm Cette méthode permet une intervention axée sur la santé pour traiter la dépendance et l’usage de substance, et il a été prouvé que ceux qui font appel aux services de réduction des méfaits allègent le fardeau de la maladie et sont plus susceptibles d’entreprendre un traitement continu après avoir pris contact avec ces services. Certaines initiatives de réduction des méfaits ont en outre réduit les maladies transmises par le sang telles que VIH/SIDA et hépatite C, et ont permis de réduire les taux de décès causés par les surdoses de drogue.13Pires, R. et coll. (2007). Engaging users, Reducing Harms. Collaborative Research Exploring the Practices and Results of Harm Reduction. United Way Report. Tiré de :

Voici quelques exemples de réduction des méfaits.

Voici certaines pratiques qui utilisent une approche de réduction des méfaits : utiliser des timbres de nicotine au lieu de fumer; boire de l’eau plutôt que de l’alcool; consommer des substances dans un lieu sûr avec une personne de confiance ainsi que les programmes d’échanges de seringues pour les personnes qui s’injectent des drogues. La réduction des méfaits ne s’applique pas seulement à l’usage de substances. Nous pratiquons la réduction des méfaits dans notre vie quotidienne pour diminuer les risques, par ex., en portant un casque lorsqu’on va à bicyclette ou en s’assurant que les ceintures sont attachées lorsqu’on conduit une voiture.

Afin de mieux comprendre la philosophie qui sous-tend la réduction des méfaits, il est important de parler des ses principales caractéristiques, dont les suivantes :

  • Pragmatisme : la réduction des méfaits reconnaît que l’usage de substances est inévitable dans une société et qu’il est nécessaire d’opter pour une intervention axée sur la santé publique afin de réduire les méfaits potentiels.
  • Valeurs humaines : le choix personnel est respecté et aucun jugement n’est porté sur la personne qui fait usage de substances. La dignité des personnes qui font usage de substances est respectée.
  • Accent mis sur les méfaits : l’usage que fait une personne d’une substance est secondaire par rapport aux méfaits potentiels pouvant en résulter.14Bierness, D. (2008) Harm Reduction: What’s in a name? Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, groupe national de travail sur les politiques. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa0115302008e.pdf

Une idée fausse courante concernant la réduction des méfaits est qu’elle soutient ou encourage l’usage illégal de substance et ne considère pas le rôle de l’abstinence dans le traitement de la dépendance. Or, les approches de réduction des méfaits ne prétendent pas à des résultats précis, par conséquent, les interventions basées sur l’abstinence peuvent aussi s’inscrire dans le spectre des objectifs de réduction des méfaits. Essentiellement, la réduction des méfaits soutient l’idée que les gens aux prises avec des problèmes de dépendance ou d’abus de substance devraient disposer d’un vaste choix de traitements, afin qu’ils puissent prendre une décision éclairée concernant leurs besoins personnels et ce qui serait le plus efficace pour eux, tout en réduisant les méfaits.

Usage de substance sur les campus : 15Neilson, A. et Bridgstock, B. (2017). Addressing emerging mental health and addiction needs in post-secondary institutions. Algonquin College Student Support Services. Tiré de : http://www.addictionsandmentalhealthontario.ca/uploads/1/8/6/3/18638346/hp6_-_addressing_emerging_adult_mental_health___addiction_needs_in_post-secondary_institutions.pdf

  • 64 % des personnes admises pour un traitement lié à l’usage de substances déclarent avoir commencé à consommer au début de l’âge adulte
  • 20 % des admissions pour un traitement lié à l’usage de substances ont lieu au début de l’âge adulte16Smith, J.L. et coll. (2014). Deficits in behavioural inhibition in substance abuse and addiction: A meta-analysis. Drug Alcohol Depend, 145:1–33.
    17Stanis, J. J. et Andersen, S. L. (2014). Reducing substance use during adolescence: A translational framework for prevention. Psychopharmacology, 231, 1437–1453.

(Smith et al, 2014, Stanis & Anderson, 2014)

Données de la Canadian National College Health Assessment de 2016 :18National College Health Assessment. (Spring 2016). Ontario Canada Reference Group: Executive Summary. Tiré de : http://oucha.ca/pdf/2016_NCHA-II_WEB_SPRING_2016_ONTARIO_CANADA_REFERENCE_GROUP_EXECUTIVE_SUMMARY.pdf

  • 43,2 % des étudiants ont consommé de l’alcool de10 à 29 jours par mois
  • 12,5 % des étudiants ont consommé de l’alcool les 30 jours du mois
  • 30,5 % des étudiants ont pris de la marijuana de10 à 29 jours par mois
  • 11,1 % des étudiants en ont pris les 30 jours du mois
  • 18,1 % des étudiants ont conduit un véhicule après avoir bu 5 consommations ou plus
  • 26,1 % des étudiants ont consommé 5 verres ou plus dans un établissement au cours des deux dernières semaines
  • 25,9 % des étudiants ont utilisé la prescription de médicaments de quelqu’un d’autre au cours des 12 derniers mois
  • 1,3 % des étudiants ont reçu un traitement pour une dépendance ou en ont reçu le diagnostic au cours des 12 derniers mois

(Données de la NCHA canadienne, 2016 – 41 établissements et 43 780 étudiants)

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1. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (2010). Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011811-2010.pdf
2, 8. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (2010). Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011811-2010.pdf
3. Centre de toxicomanie et de santé mentale. (2012). La toxicomanie, Tiré de : http://www.camh.ca/en/hospital/health_information/a_z_mental_health_and_addiction_information/drug-use-addiction/Pages/addiction.aspx
4. Rapport mondial sur les drogues. (2015). Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. Tiré de : https://www.unodc.org/documents/wdr2015/World_Drug_Report_2015.pdf
5. Health Officers Council of British Columbia. (2005). A Public Health Approach to Drug Control in Canada. Tiré de : http://www.statcan.gc.ca/pub/82-624-x/2013001/article/11855-eng.htm
6. Health Officers Council of British Columbia. (2005). A Public Health Approach to Drug Control in Canada. Tiré de :http://www.cfdp.ca/bchoc.pdf
7. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. (2013). Models of Addiction. Tiré de: http://www.emcdda.europa.eu/attachements.cfm/att_213861_EN_TDXD13014ENN.pdf
9. Hari, Johann. (2015). Chasing the Scream. The First and Last Days of the War on Drugs. New York: Bloomsbury.
10. Maté, G. (2008). Dans le royaume des fantômes affamés: Rencontres rapprochées avec la dépendance. Berkeley, CA: L’Institut Ergos.
11. Thomas, G. (2005) Harm Reduction Policies and Programs Involved for Persons Involved in the Criminal Justice System. Ottawa : Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.
12. Erickson et coll. (2002) Center for Addiction and Mental Health and Harm Reduction. A Background Paper on its Meaning and Application for Substance use Issues. Tiré de : http://www.camh.ca/en/hospital/about_camh/influencing_public_policy/public_policy_submissions/harm
13. Pires, R. et coll. (2007). Engaging users, Reducing Harms. Collaborative Research Exploring the Practices and Results of Harm Reduction. United Way Report. Tiré de :
14. Bierness, D. (2008) Harm Reduction: What’s in a name? Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, groupe national de travail sur les politiques. Tiré de : http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa0115302008e.pdf
15. Neilson, A. et Bridgstock, B. (2017). Addressing emerging mental health and addiction needs in post-secondary institutions. Algonquin College Student Support Services. Tiré de : http://www.addictionsandmentalhealthontario.ca/uploads/1/8/6/3/18638346/hp6_-_addressing_emerging_adult_mental_health___addiction_needs_in_post-secondary_institutions.pdf
16. Smith, J.L. et coll. (2014). Deficits in behavioural inhibition in substance abuse and addiction: A meta-analysis. Drug Alcohol Depend, 145:1–33.
17. Stanis, J. J. et Andersen, S. L. (2014). Reducing substance use during adolescence: A translational framework for prevention. Psychopharmacology, 231, 1437–1453.
18. National College Health Assessment. (Spring 2016). Ontario Canada Reference Group: Executive Summary. Tiré de : http://oucha.ca/pdf/2016_NCHA-II_WEB_SPRING_2016_ONTARIO_CANADA_REFERENCE_GROUP_EXECUTIVE_SUMMARY.pdf
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