Facteurs pouvant influer sur la santé mentale

Parallèlement aux déterminants sociaux de la santé, d’autres facteurs peuvent accroître notre niveau de stress et avoir des conséquences néfastes sur notre sentiment de bien-être. Ce qui n’implique pas, toutefois, que ces facteurs vont nécessairement entraîner un problème de santé mentale. Cette section vise simplement à vous rappeler en quoi notre santé mentale peut parfois être altérée lorsque nous devons affronter ces expériences de la vie courante.

Crise familiale

Les étudiants font leurs études soit près soit loin de leur famille. Quoi qu’il en soit, ils peuvent subir une tension familiale. Cette tension s’aggrave lorsque la famille vit une crise. Parmi les crises, on peut inclure la séparation ou le divorce parental, le décès d’un membre de la famille, une perte d’emploi, des difficultés financières, des problèmes de santé physique ou mentale, des ennuis juridiques ou toute situation qui perturbe le fonctionnement normal de la famille. Le rendement scolaire peut en souffrir lorsque l’attention de l’étudiant est divisée entre ses responsabilités familiales et ses études.

Jeunes personnes soignantes

Les jeunes personnes soignantes sont des enfants ou des jeunes qui aident à prendre soin d’un frère ou d’une sœur, d’un parent ou d’un grand-père ou d’une grand-mère. On estime qu’environ 17 % des personnes soignantes de l’Ontario sont des jeunes. Souvent, les jeunes personnes soignantes vieillissent vite, étant privées trop tôt de leur enfance. Elles peuvent éprouver des sentiments de colère, d’isolement, de solitude et de chagrin. Certaines souffrent de dépression ou d’anxiété. Leurs études et leur travail peuvent en souffrir parce qu’elles assument cette responsabilité supplémentaire, et elles ont souvent peu de temps pour socialiser et pour participer aux activités parascolaires.

Problèmes de santé

Un nombre croissant d’étudiants connaît des problèmes de santé durant les études postsecondaires. Ces problèmes peuvent être chroniques, aigus ou récurrents. La manière d’accueillir un problème de santé donné peut varier considérablement selon la personne. Un étudiant peut juger qu’un problème de santé est tout à fait gérable, alors qu’un autre le trouvera écrasant.

Peu importe la gravité de la maladie ou de l’état de santé, la vie scolaire de l’étudiant peut en être perturbée. Quelque chose d’aussi ordinaire qu’un virus intestinal ou une grippe saisonnière peut drainer l’énergie d’un étudiant durant plus d’une semaine. D’autres problèmes — tels que diabète, migraine ou mononucléose — peuvent exiger des ajustements, du soutien ou des adaptations à plus long terme.

Parfois, un signe de priorisation ou d’organisation déficientes, absence en classe ou aux examens ou non-respect des échéances, peut aussi dénoter un problème de santé grave. Lorsque la maladie (ou demandes liées à la maladie) interfère avec les études, le corps professoral et les étudiants doivent résoudre le problème dans un climat approprié d’honnêteté et de confiance. Chaque membre du corps professoral adoptera une approche différente pour parler à l’étudiant de problèmes de santé physique ou mentale, tout comme les étudiants seront plus ou moins ouverts concernant ces questions. Il est important de se rappeler que la Commission ontarienne des droits de la personne a publié une politique stipulant explicitement que les étudiants ne devraient pas avoir à révéler leur diagnostic.1http://www.ohrc.on.ca/fr/politique-sur-la-pr%C3%A9vention-de-la-discrimination-fond%C3%A9e-sur-les-troubles-mentaux-et-les-d%C3%A9pendances.

Usage de substance

La consommation d’alcool ou de drogue peut causer d’importants problèmes aux étudiants et aux gens qui les entourent.
Il est possible que vous ne soyez pas certain de la cause, mais vous pouvez remarquer les effets de l’usage de substance sur le rendement de l’étudiant et sur ses interactions avec les autres étudiants.

Bien des personnes aux prises avec des problèmes d’usage de substance ne voient pas le lien entre cet usage et les changements dans leur comportement ou la détérioration de celui-ci. Cette situation est d’autant plus compliquée que les problèmes de consommation s’accompagnent souvent de problèmes de santé mentale tels que dépression clinique, troubles de l’alimentation et trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité.

Si vous soupçonnez qu’un étudiant utilise des substances, vous pouvez lui en parler. Vous pouvez consulter  l’étape 2 du plan d’action : intervenir pour voir des exemples de stratégies permettant d’engager ce dialogue. Rappelez-vous qu’il faut mettre l’accent sur ce que vous avez observé et d’y joindre l’expression de vos préoccupations ou l’offre d’une aide (p. ex., « J’ai remarqué que votre dernier travail n’était pas à la hauteur de votre rendement habituel; est-ce que ça va? »).

Le fait de créer un environnement ouvert et sans jugement n’exempte pas l’étudiant des conséquences ordinaires d’un mauvais rendement ou d’une inconduite. La responsabilisation de l’étudiant quant à son comportement et à ses travaux scolaires fait partie intégrante du soutien qu’on lui apporte. Puisqu’il peut y avoir un délai avant la prise de conscience du lien entre l’usage de substance et les changements dans le rendement scolaire, il arrive assez souvent que les étudiants refusent de contacter ou d’utiliser les services de santé, tant que les problèmes scolaires ne semblent pas alarmants. En gardant ces facteurs à l’esprit, un enseignant peut jouer un rôle important en vue de veiller à ce que les étudiants puissent bénéficier de l’accès à du soutien, ainsi que d’une certaine souplesse dans le cadre d’une évaluation du rendement rigoureuse et intègre.

Discrimination

La discrimination est manifestation extérieure de stéréotypes ou d’autres préjugés, plutôt qu’une juste évaluation du mérite et des capacités d’une personne et des circonstances. Cette manière de juger entraîne l’exclusion de certaines personnes de diverses activités sociales, politiques ou économiques, et leur impose un fardeau indu. Les attitudes menant à la discrimination comprennent les divers préjugés en « isme », tels que racisme, sexisme et âgisme.

La discrimination peut être indirecte ou systémique, comme lorsqu’un enseignant évalue injustement un étudiant en raison d’un préjugé envers ses croyances politiques, culturelles ou sociales. La discrimination peut aussi se manifester assez ouvertement, sous forme de propos méprisants, de menaces ou de violence et de crimes haineux. Selon Statistique Canada, les groupes le plus souvent visés par la discrimination comprennent les femmes; les minorités raciales ou ethniques; les personnes handicapées; les lesbiennes, gais, bisexuels, transsexuels, allosexuels, intersexués et bispirituels (LGBTAI2).

La discrimination a des conséquences directes sur la santé mentale et physique. Une personne qui a subi de la discrimination peut souffrir de dépression, d’anxiété, d’incapacité à se concentrer, d’hypertension artérielle, de faible estime de soi, d’apathie, d’insomnie et de maux de tête et de dos. De plus, les personnes qui disent avoir subi de la discrimination, de peu fréquemment à fréquemment, sont plus susceptibles de sous-utiliser les services médicaux nécessaires.

On peut aider à réduire la discrimination envers les groupes marginalisés en établissant une politique de zéro tolérance pour de tels comportements sur le campus, et en créant des milieux inclusifs. Il existe de nombreux exemples de manières de le faire. Entre autres, en tant que membre du personnel, vous pouvez choisir de contribuer à créer un milieu inclusif en posant des affiches illustrant l’égalité dans votre bureau. En outre, si un étudiant a subi un crime haineux violent, conseillez-lui d’appeler les services de sécurité du campus ou la police locale.

Harcèlement sexuel

Selon la Commission ontarienne des droits de la personne, le harcèlement sexuel comprend « les contacts ou remarques sexuelles importunes », comme « le fait de lorgner, un regard insistant déplacé, des demandes importunes de sorties ou de faveurs sexuelles et l’étalage d’images ou de graffitis sexuellement offensants ». Dans les établissements postsecondaires par exemple, les étudiants peuvent recevoir des demandes de faveurs sexuelles en échange de décisions scolaires avantageuses ou de possibilités d’emploi sur le campus. On peut subir du harcèlement sexuel, peu importe le sexe. Un incident isolé peut être considéré comme du harcèlement, bien qu’il soit souvent largement répandu et persistant.

Les étudiants peuvent subir du harcèlement sexuel dans différents contextes, y compris en milieu scolaire, dans les résidences, en tant qu’employé étudiant ou à l’extérieur du campus. Les étudiants qui en ont fait l’expérience peuvent éprouver des sentiments de honte, de colère, de peur et de déni, et peuvent montrer des signes de détresse. Une intervention compatissante leur permettant d’exercer un certain contrôle sur leur vie sera salutaire pour ces étudiants. Si vous constatez qu’un étudiant subit du harcèlement sexuel, vous devriez l’aiguiller vers les ressources appropriées. Si, n’importe quand, l’étudiant se sent en danger, aiguillez-le vers les services de sécurité du campus ou la police locale.

Si l’auteur est identifié comme membre du corps professoral ou du personnel, aiguillez l’étudiant vers les ressources appropriées du campus pour discuter de ces problèmes et des moyens pouvant être envisagés pour faire cesser ce comportement. Si l’auteur est un autre étudiant, dirigez l’étudiant visé à un administrateur judiciaire ou au bureau des droits de la personne ou de l’équité afin, qu’il parle de ses préoccupations et qu’on envisage des options conformément au code de conduite ou à la politique anti-harcèlement du campus. « Si l’auteur n’est pas un membre du campus ou n’a pas été identifié, demandez aux étudiants si de contacter les services de sécurité du campus ou la police locale serait une bonne solution pour eux. Par ailleurs, l’étudiant pourrait avoir avantage à être aiguillé vers les services de consultation ou d’autres services pertinents du campus. Rappelez-vous que tous les campus disposent de protocoles et de politiques sur le harcèlement sexuel. C’est toujours une bonne pratique de vous référer aux politiques et protocoles de votre propre campus.

Agression sexuelle et violence

Selon le Centre canadien de la statistique juridique, « la recherche indique que de 15 à 25 % des femmes d’âge collégial ou universitaire subiront une forme quelconque d’agression sexuelle au cours de leurs études ». Dans la plupart des cas, l’auteur est connu de la personne visée par l’agression; ce peut être un camarade de classe, une personne qui recherche une relation amoureuse, un assistant de recherche, un adjoint à l’enseignement, un ami, etc.

Dans 90 % des agressions sexuelles sur les campus, ce sont des auteurs masculins qui ont attaqué des femmes. Lorsque des hommes sont agressés sexuellement, l’auteur est habituellement un autre homme (quoique parfois une femme); il peut s’agir de conjoints, d’amis ou même de pairs s’adonnant à des farces ou des épreuves rituelles.

Les étudiants agressés sexuellement peuvent avoir besoin d’une attention particulière. Leurs réactions à ce traumatisme peut varier, parfois se manifester en difficultés à se concentrer et à étudier, retours en arrière émotifs, sentiments d’impuissance ou de manque de contrôle, épisodes de tristesse, insomnie et cauchemars. Suivant les circonstances, ils peuvent avoir besoin de se retirer des études un certain temps en raison du choc émotif de l’incident ou des efforts nécessaires pour intenter une action judiciaire ou pénale. Il n’est pas rare qu’une personne ayant subi une agression sexuelle s’abstienne d’en parler. La plupart ne portent pas plainte, de peur d’être blâmés pour leur comportement (p. ex., habillement ou usage de substance) ou leur jugement au moment de l’agression.

Si un étudiant vous révèle une agression, une intervention empathique peut favoriser le processus de guérison. On doit toujours ajouter foi à ce genre de confidences et toujours les prendre au sérieux. Si un étudiant vous parle de l’incident, c’est qu’il a confiance en vous. Il serait bon de reconnaître le courage de l’étudiant et de lui offrir votre aide. Des questions ouvertes comme « Comment puis-je vous aider? » ou « De quoi avez-vous besoin? » aideront l’étudiant à se sentir plus à l’aise de parler et lui donneront le sentiment d’être soutenu. Évitez les questions intrusives ou moralisatrices (p. ex., « Pourquoi lui avoir fait confiance? » ou « Vous ne pouviez pas crier? »)

Tout campus devrait disposer d’une politique et d’un protocole sur la violence sexuelle fournissant des procédures pour les étudiants et le personnel des procédures et des ressources pour les personnes et les groupes pouvant être atteints directement ou indirectement par la violence sexuelle. Ces politiques proposent généralement des définitions précises d’agression sexuelle et de violence sexuelle, établissent clairement les normes régissant les rapports et les interventions en cas d’incident, ainsi que les procédures de plainte et d’enquête. La politique de votre école devrait aussi préciser les mesures à entreprendre afin de préserver la confidentialité et de protéger des représailles et des menaces les personnes qui déclarent un cas de violence sexuelle.

Les étudiants qui ont subi une agression peuvent avoir besoin d’être informés sur les ressources du campus et de la localité pouvant les aider sur le plan psychologique et émotif, ainsi qu’en ce qui a trait aux conséquences légales possibles liées à l’agression. Parmi les ressources pouvant être utiles, mentionnons les services de consultation, votre centre local d’agression sexuelle ou votre service local d’aide aux victimes.

Contact importun (traque)

Certains jeunes adultes font l’objet de contacts indésirables et importuns. Ces comportements constituent du harcèlement et peuvent faire naître la peur et l’anxiété. Parmi ces contacts importuns on peut inclure suivre une personne (que la personne le sache ou non), attendre secrètement qu’une personne arrive à la maison, faire des appels téléphoniques déplacés, communiquer de manière obsessive directement ou par l’entremise d’amis et communiquer directement de manière de plus en plus fréquente et intense. Dans certains cas, les manifestations peuvent inclure des menaces et de l’intimidation. La personne subissant cette attention importune peut devenir distraite, anxieuse, tendue, susceptible et agitée.

Si vous appreniez qu’un étudiant subit du harcèlement ou est traqué, vous devriez intervenir sans jugement. Dites à l’étudiant que ce genre de harcèlement est inacceptable qu’il n’en est pas responsable. Faites-lui connaître les ressources qui l’aideront à prendre des mesures s’il le souhaite, comme les services de consultation du campus, le bureau des droits de la personne ou les services de sécurité du campus ou la police locale. Vous pouvez lui procurer du soutien en prenant régulièrement contact avec lui et en comprenant que ce genre de harcèlement peut provoquer de l’anxiété et de la distraction, ce qui fait qu’il est difficile de se concentrer sur les études. Si l’étudiant exprime de la peur, la situation peut se révéler dangereuse; pressez-le de faire appel immédiatement aux services de sécurité du campus ou à la police locale.

Adaptation à un nouveau pays

Le processus d’adaptation à un nouveau pays et un nouveau milieu d’études est généralement lié à un certain degré de stress; pour bien des étudiants, cette sensation de stress est transitoire et se dissipe habituellement avec du soutien durant les premières semaines, alors que pour d’autres elle est plus persistante. Durant cette période d’adaptation, les étudiants peuvent ressentir de la solitude, le mal du pays et de la fatigue due au voyage et au décalage horaire. En outre, ils ne retrouvent pas le soutien social auquel ils auraient eu accès dans leur pays, ce qui parfois peut entraîner un sentiment de vulnérabilité. Lorsque ce processus d’adaptation au nouveau pays se prolonge ou qu’il s’accompagne de malaise et d’incertitude, on parle parfois de « choc culturel ». Les étudiants qui vivent un choc culturel peuvent devenir facilement confus et désorientés, et hésiter à demander de l’aide, justement en raison du sentiment d’anxiété et de détresse qu’ils éprouvent.

Voici quelques signes de la présence d’un choc culturel :

  • Tristesse, isolement, mélancolie et tendance à pleurer constamment qui se perpétuent
  • Préoccupation concernant la santé
  • Souffrances, douleurs et allergies
  • Problèmes de sommeil (dormir trop ou trop peu)
  • Difficulté marquée à « démarrer » le matin
  • Sentiment de vulnérabilité, d’impuissance
  • Colère, irritabilité, rancœur ou retrait social inaccoutumés; difficultés à maintenir l’équilibre émotionnel
  • Enthousiasme excessif pour vite assimiler toutes les connaissances concernant la nouvelle culture ou le nouveau pays
  • Incapacité à travailler, étudier ou résoudre des problèmes simples
  • Sentiment d’inaptitude d’insécurité ou manque de confiance
  • Préoccupations intenses, comme excès de propreté
  • Problèmes conjugaux ou relationnels
  • Hyperphagie ou perte de l’appétit

Remarque : Bien que la plupart des gens qui s’établissent dans un nouveau pays ou une nouvelle culture vivent un certain stress en période d’adaptation, un choc culturel se caractérise par une perturbation importante du fonctionnement de l’étudiant.

Vous pouvez aider un étudiant à s’adapter au nouveau milieu culturel en veillant à ce qu’il soit bien accueilli et soutenu. La recherche démontre que les étudiants étrangers qui éprouvent un sentiment d’appartenance à leur établissement et s’y sentent bien accueillis subissent moins de stress dans l’adaptation à leur nouveau milieu. Vous pouvez aussi aider un étudiant en étant patient dans vos communications avec lui (p.ex., donner des précisions si nécessaire). Pour réduire son anxiété, expliquez clairement les différences dans les usages scolaires et sociaux, et définissez votre rôle et vos attentes. Si les difficultés d’adaptation ne s’aplanissent pas avec le temps et que vous percevez des signes de profondes perturbations dans le bien-être mental de l’étudiant, vous pouvez le diriger vers les services de soutien du bureau des étudiants étrangers ou des professionnels de la santé du campus.

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